BLOG > Santé : l'heure des choix !! Tribune inter associative

Le 02/07/2008 à 13:50

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Écrit par Bruno-Pascal Chevalier   

Santé : l’heure des choix !

 

Le 24 juin dernier, une nouvelle attaque a été lancée contre les malades atteints d’une affection de longue durée (ALD), par le biais d’une préconisation du Directeur de l’UNCAM, qui visait notamment à réduire le taux de prise en charge de certains médicaments, qui serait passé de 100 % actuellement à 35 %. Si, face à la forte mobilisation que ces mesures ont suscité, le gouvernement a reculé, il n’en reste pas moins que l’objectif de 3 milliards d’euros d’économie d’ici 2009 pour l’Assurance Maladie reste d’actualité.

Depuis des mois, le gouvernement s’acharne à nous démontrer que les malades coûtent cher à l’Assurance Maladie et qu’ils sont coupables du déficit de ses comptes. Et bien oui, Madame Bachelot-Narquin, et bien oui, Monsieur Woerth, c’est une réalité que nous ne nions pas : les soins sont coûteux. Et plus la maladie est grave, plus elle est longue, plus les traitements et les suivis médicaux sont chers. Enfermés dans une logique comptable, vous semblez avoir oublié que c’est la raison d’être de la Sécurité Sociale que de permettre à tous les malades de bénéficier de soins adaptés qui les guériront, prolongeront leur espérance de vie et réduiront leurs souffrances.

Toutefois, voulons-nous, pour diminuer les dépenses de l’Assurance Maladie, utiliser les malades comme des variables d’ajustement et notamment les plus malades, ceux qui, aujourd’hui, grâce aux progrès de la médecine, peuvent vivre plus longtemps et mieux ? Voulons-nous un système de soins qui ne prennent en charge les diabétiques qu’au moment où ils seront aveugles ou amputés du premier orteil, les insuffisants cardiaques qu’après leur premier infarctus (s’ils survivent), les séropositifs au moment où le sida se déclare ? Voulons-nous que les malades soient privés des soins qui les aident à supporter les effets indésirables des traitements ou la douleur liée à la maladie ? Voulons-nous que les mutuelles et les assureurs privés se substituent à la Sécurité Sociale alors que 8 % des français ne bénéficient d’aucune couverture complémentaire et risquent de se retrouver écartés durablement du système de soins ? Ce sont ces questions qui se posent à nous aujourd’hui et auxquelles il s’agit de répondre maintenant.

Nous, acteurs associatifs, nous avons fait le choix de défendre un système de soins fondé sur la solidarité. Les malades subissent déjà chaque jour les effets des franchises médicales qui, tel un nouvel impôt, s’ajoutent à la liste trop longue des charges qu’ils ont à supporter. Nous rejetterons les mesures selon lesquelles les malades devraient encore payer et qui retarderaient de manière significative leur entrée dans le système de soins, alourdissant d’autant les dépenses de l’Assurance Maladie à moyen et long terme. Nous rejetterons l’arbitraire de propositions annoncées sans aucune concertation avec les usagers et au mépris de tout dialogue. Enfin, nous nous battrons contre la privatisation du système, qui verrait des assurances et des mutuelles se substituer à l’Assurance Maladie.

Nous portons cette révolte des malades, de leur famille, de ceux qui les accompagnent, des soignants, des travailleurs sociaux, des militants associatifs, des politiques et de tous les citoyens qui partagent nos positions. Nous savons qu’il faut encadrer les dépenses de soins mais d’autres options, plus efficaces, sont possibles pour parvenir à l’équilibre des comptes de l’Assurance Maladie. La prévention, la prise en charge précoce des pathologies, l’amélioration de notre environnement sont autant de chantiers à développer pour diminuer nos dépenses de manière durable. Les ressources, quant à elles, peuvent être trouvées sans ponctionner les malades. La proposition d’une taxation minime des stocks-options, avancée par Philippe Seguin, pourrait ainsi permettre à elle seule de combler le déficit de l’Assurance Maladie. On le voit bien, il s’agit donc avant tout d’une question de priorité budgétaire. A l’heure où de nombreux projets, concernant le bouclier sanitaire notamment, sont sur les rails, il est plus que temps d’ouvrir une large consultation avec tous les acteurs sur les modalités de financement de notre système de soins.

Roselyne Bachelot-Narquin a annoncé qu’elle donnerait ses réponses « vers le 15 juillet » prochain. Nous appelons tous les citoyens à se mobiliser contre ces tentatives qui marquent le démantèlement de la solidarité du système de soins. Mesdames et Messieurs les responsables politiques, Madame la Ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, Monsieur le Ministre du Budget, soyez certains de notre détermination à combattre ce que Monsieur Lagarde, député du Nouveau Centre, membre de votre majorité, n’hésite pas qualifier de « faute morale grave que la France commettrait ».

 

Pierre Bergé, Président de Sidaction

Bruno-Pascal Chevalier, Ensemble pour une santé solidaire

Bruno Spire, Président de AIDES

Marjolaine Degremont & Rachel Easterman-Ulmann, co-Présidentes d’Act Up-Paris

 

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